Santé mondiale : l'austérité budgétaire cause l’effondrement des soins

  • International

À l'occasion de la 79e Assemblée mondiale de la santé, qui s’est tenue à Genève du 18 au 26 mai 2026, les rapports de l'OMS font l'effet d'une douche froide. À un peu plus de trois ans de l’échéance des Objectifs de développement durable (ODD) de 2030, le monde accuse un retard considérable en matière de santé : plus de la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès aux services minimums de soins. Affiliée à PSI, la CFDT santé-sociaux portait sa parole à l'événement. 

OMS

Bénéficiant du statut d'acteur non étatique auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Internationale des Services publics (PSI) est l’unique organisation syndicale mondiale admise lors des relations officielles avec l'Organisation mondiale de la santé, face à une écrasante majorité de lobbyistes pharmaceutiques et de puissantes fondations industrielles. Un statut qui lui permet d'intégrer les débats de l’OMS, de soumettre des rapports et prendre la parole à la tribune pour défendre les droits des personnels de santé. Face aux 194 États membres qui se réunissent chaque année pour définir les priorités et les politiques de l'Organisation mondiale de la santé, PSI utilise ce levier pour dénoncer l'austérité budgétaire et le virage commercial de la médecine. Affiliée à PSI, la CFDT intègre régulièrement sa délégation, qui siège et intervient à l’OMS.

Les débats de cette 79e Assemblée mondiale de la santé (AMS79) ont permis à la délégation CFDT santé-sociaux de mettre en lumière une vérité crue : les politiques d'austérité budgétaire et l'absence de droits pour les travailleur·euses détruisent la santé publique, à l'échelle locale et internationale.

Grand arbitrage des soins

Les racines de la crise mondiale en matière de santé ne sont pas médicales, mais relèvent de décisions arbitraires prises par les pays riches du Nord, au détriment des pays du Sud. L’OMS évalue la pénurie mondiale à 11 millions de professionnels de santé d'ici 2030, principalement parmi le personnel infirmier. Ce déficit est réparti de manière profondément injuste : l’Afrique, qui supporte un quart de la charge mondiale de morbidité et les trois quarts des urgences de santé publique, accuse à elle seule un manque de 6,5 millions de soignants.

Pendant ce temps, près de 700 000 professionnel·es de santé sont au chômage sur le continent africain, faute de budgets publics nationaux pour les embaucher. Les pays riches profitent de cette faille en pratiquant un véritable « arbitrage des soins ». Un rapport parlementaire britannique publié en mars 2026 révèle que le système de santé public britannique « économise » jusqu’à 14 milliards de livres sterling chaque année en recrutant des médecins et infirmiers des pays du Sud, s'évitant ainsi le coût de leur formation.

PSI exige des comptes

Face à ce pillage, PSI a tapé du poing sur la table à Genève. Les syndicats exigent un durcissement de l'application de la « Liste OMS d'appui et de sauvegarde pour les personnels de santé » (les pays sur liste rouge où le recrutement est interdit). PSI demande des mesures radicales : d'une part, une réglementation stricte des agences privées de recrutement pour mettre fin à l’exploitation systématique des soignants migrants ; et d'autre part, des négociations tripartites obligatoires (États d'origine, États de destination et syndicats) pour tout accord bilatéral ou programme de co-investissement dans la formation, garantissant la transparence et le droit à un travail décent.

Austérité institutionnelle

C'est un paradoxe total : au moment où les besoins au niveau de la santé explosent, l'OMS subit des politiques de rigueur. En raison du gel des contributions obligatoires de nombreux États membres et du désengagement de contributeurs majeurs, l'Organisation se retrouve asphyxiée par un manque de financements publics stables. Pour faire face à des coupes de financement brutales et réduire sa dépendance vis-à-vis de grands donateurs privés, l’OMS a dû sabrer son budget 2026-2027 de 21%, ramenant celui-ci de 5,3 à 4,2 milliards de dollars. Une cure d'austérité qui entraîne la fusion de dizaines de directions et des suppressions de postes, après une réévaluation des compétences du personnel. Pour faire des économies, l’OMS se voit obligée de réduire ses actions directes sur le terrain : abandon de la gestion d'essais cliniques sur la tuberculose, gel d'embauches d'experts, surchargeant ainsi les équipes en place. Enfin, l'Organisation doit réduire l'envoi de ses propres secours lors de crises sanitaires locales.

Pour la CFDT et l’ISP, le constat est dramatique : l’austérité budgétaire détruit l'architecture sanitaire, frappe les fonctionnaires de l'OMS à Genève ou les équipes soignantes de nos hôpitaux de proximité.

Délégation PSI
Délégation PSI Cyrille Duch, secrétaire fédéral CFDT santé-sociaux, et Baba Aye, responsable des services santé et sociaux à PSI, ont participé à la 79e Assemblée mondiale de la santé, en tant que délégation PSI.

Au-delà de l'hôpital

À Genève, la délégation syndicale de PSI a porté des déclarations fortes, rappelant que les droits des travailleur·euses sont le premier déterminant de la santé publique.

Sur le mirage de l'intelligence artificielle, PSI a alerté les États membres contre l'expansion de l'IA dictée par une logique d'« efficacité » du secteur privé. Loin de réduire la charge de travail, l'IA l'intensifie et précarise les professionel·es. Les syndicats exigent que le projet de « Stratégie mondiale de la santé numérique » protège les droits des travailleur·euses et que tout élargissement des responsabilités s'accompagne d'une hausse proportionnelle des salaires.

Alors que les objectifs du plan mondial sur la santé mentale sont loin d'être atteints, PSI rappelle que le bien-être psychosocial des populations et des soignant·es impose de s'attaquer aux racines du problème dans le monde du travail : réduire les horaires excessifs, la précarité de l'emploi, la violence et le manque chronique de personnel, avec la participation active des syndicats.

En matière de géopolitique et de conflit, PSI a fermement condamné le ciblage inacceptable des professionnels et des structures de santé dans les zones de guerre et d'occupations illégales, notamment en Syrie, dans le Golan et le territoire palestinien. Les syndicats demandent que la préservation de la vie des travailleur·euses du soin soit une priorité absolue des ripostes d'urgence, comme l'épidémie d'Ebola en RDC. Ils réclament également que les auteurs d'attaques soient traduits devant la Cour internationale de justice.

La CFDT : « Sortir de l'hypocrisie politique »

Lors de cette 79e Assemblée mondiale de la santé, la France s'est fermement engagée, aux côtés de l'Union européenne, pour la protection des civils et des infrastructures médicales dans les zones de guerre. Elle a condamné les attaques ciblant hôpitaux et soignants, notamment en Ukraine et au Liban, exigeant le respect strict du droit humanitaire. Enfin, la délégation française a soutenu un financement plus stable et flexible des programmes d'urgence de l'OMS, afin de garantir des interventions rapides et efficaces face aux futures crises sanitaires mondiales.

La CFDT ne peut passer sous silence un angle mort : en affichant de grandes ambitions pour le financement des crises mondiales et la protection théorique des soignants à l'étranger, la représentation française à l’OMS a soigneusement évité d'aborder la réalité de notre propre système de santé : l'impact dévastateur de l'austérité budgétaire sur l'attractivité des salaires et la dégradation des conditions de travail au lit du patient, en France comme à l'international. 

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a été un des rares à rappeler, à la tribune de l’OMS, qu'un système international digne de ce nom ne peut contraindre à choisir « entre payer des créanciers ou les professionnels de santé qui défendent la vie ».

Tant que les gouvernements refuseront d'engager les politiques nécessaires à la transformation de l'architecture financière mondiale, la couverture sanitaire universelle restera un mirage. La santé n'est pas une marchandise : elle exige des financements publics pérennes, des services de soins forts, des emplois statutaires et un respect absolu pour celles et ceux qui la portent au quotidien.

Ces articles peuvent également vous intéresser