Commission parlementaire : la CFDT santé-sociaux est auditionnée sur les fonds spéculatifs
Une commission d’enquête parlementaire s’est tenue le jeudi 26 février, dont le sujet portait sur la « prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs ». Loïc Le Noc, secrétaire national CFDT santé-sociaux a répondu aux questions des parlementaires.
Depuis quatre années, la CFDT santé-sociaux mène une course de fond pour dénoncer les dérives de la financiarisation dans le secteur de la santé privée : pas d’augmentations de salaires, conditions de travail dégradées, manque de personnel, etc.
En 2022, le livre enquête Les Fossoyeurs, de Victor Castanet, connaît un retentissement médiatique sans précédent, levant le voile sur la maltraitance que subissent les personnes âgées dans les Ehpad du groupe Orpea. La CFDT santé-sociaux commande alors un rapport au cabinet d’audit Cictar, pour dénoncer les magouilles financières d’Orpea, afin de « mettre en lumière les tréfonds de la marchandisation de la santé », comme l’expliquait Ève Rescanières, secrétaire générale CFDT santé-sociaux, lors de la sortie de l’#OrpeaGate.
En 2024, le Sénat ouvre une commission d’enquête et n'auditionne pas la CFDT santé-sociaux, pourtant témoin des remontées des militant·es de terrain, qui, au fil des années constatent des dégradations envers le personnel soignant et les patients.
La CFDT santé-sociaux, en janvier 2025, dénonce dans un rapport, conjointement mené avec Cictar, la spéculation immobilière chez Ramsay Santé.
En octobre 2025, la CFDT santé-sociaux propose des amendements en vue du vote du PLFSS 2026 pour contrôler les fonds spéculatifs.
Ce travail d’investigation finit par porter ses fruits : la CFDT santé-sociaux est appelée à s’exprimer, lors de la commission d’enquête du 26 février 2026, portant sur la « prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs ». Loïc Le Noc et Fabien Hallet, militants CFDT, et des représentants CFTC, dressent le bilan dévastateur de l’introduction des fonds spéculatifs dans ce champ. Témoignages.
Monopoly de la santé
Ramsay Health Care, multinationale australienne, vient d’annoncer vouloir céder ses parts à ses actionnaires, et se dit ouverte à une offre de reprise. Pour Loïc Le Noc, c’est « une illustration, s'il en fallait, de la partie de Monopoly géante qui est à l'œuvre depuis plus de dix ans, au détriment de l'accès aux soins ».
Le militant CFDT santé-sociaux, chargé depuis plusieurs années du dossier « Financiarisation », déplore la mécanique bien huilée : « Prenez une clinique créée par trois chirurgiens il y a une vingtaine d'années, qui a fini de rembourser ses emprunts de construction, installation, etc. Un matin, la holding d’un groupe propose aux propriétaires, un deal assez juteux : ta clinique, elle vaut 100 millions, je te la rachète 300 millions. Difficile de résister aux 200 millions à se partager. Dès le lendemain de la vente, la holding immobilière notifie le tableau des loyers que la clinique va devoir régler tous les mois, et la note est plutôt salée. »
Holdings, pompes aspirantes de la CPAM
Loïc Le Noc a également dénoncé les fonds spéculatifs qui « se livrent à une guerre sans merci, pour acquérir les entreprises du secteur : cliniques, Ehpad, biologie, radiologie, cabinets médicaux et pharmacies, pour la bonne et simple raison que le risque d'impayé est inexistant. La facture est réglée par les Caisses primaires d'assurance maladie, les complémentaires santé et un peu de reste à charge pour le malade. »
« En fait, on n'est plus un secteur de santé, on est un secteur de finances. Aujourd'hui, ce n’est pas pour rien que les gros opérateurs financiers sont à l'affût, parce que de toute façon ils achètent cher. Ils sont à peu près sûrs de revendre encore plus cher, et pendant ce temps-là, c'est la Sécu qui va être mise à contribution pour payer la dette liée à l'acquisition initiale. »
Covid-19 : mainmise sur les labos de biologie médicale
À la question posée par la commission : l’arrivée des fonds d’investissement a-t-elle changé la donne ? Loïc Le Noc répond : « L'arrivée de tous ces fonds d'investissement, strictement dans la biologie médicale, a eu pour conséquence qu'aujourd'hui, plus personne ne veut venir y travailler. La branche, tenue par les fonds d'investissement - ce sont eux les vrais propriétaires - a une activité de dialogue social digne d'un électroencéphalogramme plat. »
« Les biologistes, qui se retrouvent à la table des négociations, n’ont pas du tout de marge de manœuvre, puisqu’à chaque fois qu’ils veulent "éternuer", ils doivent demander l’autorisation au groupe, qui lui-même demande l'autorisation à son fonds d'investissement. [...] Ils se moquent ouvertement du monde. Avec le Covid, ils ont généré des marges allant jusqu’à à 31%, mais aujourd'hui ils sont quand même à 14% . »
Logique de LBO
Concernant Almaviva, par exemple, le secrétaire national CFDT santé-sociaux ajoute : « Combien de dizaines d'années va-t-il falloir pour qu’ils rentrent dans leur investissement de départ ? Comme ils ont l'intention de revendre dans les cinq ans, il faut presser, que ce soit une clinique, une maison de retraite ou un labo. C'est avant tout une industrie de main-d'œuvre : et la ligne sur laquelle il est le plus facile de presser, ce sont les dépenses de personnel. [...] On est dans un système complètement dingue, où ce ne sont plus les besoins de santé de la population qui priment, mais le retour sur investissement. »
La CFDT santé-sociaux a proposé des amendements
La commission d’enquête a demandé à la CFDT santé-sociaux ses préconisations pour endiguer les abus en matière de financiarisation. « En octobre 2025, on a proposé des amendements en vue du vote du PLFSS 2026 : pour une juste utilisation des financements publics par les groupes de santé et médicaux-sociaux à but lucratif ; pour un contrôle financier des groupes d’établissements sociaux et médicaux à but lucratif ; pour un encadrement des loyers et baux des établissements sanitaires et médicaux-sociaux » , conclut Loïc Le Noc.
Le gouvernement se saisira-t-il des propositions de la CFDT santé-sociaux ? Prochain rendez-vous fin 2026 pour le vote du PLFSS 2027.
Emma_Bodiot