Être militant CFDT dans un bastion d’extrême droite

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Dans le sud de la France, l’extrême droite est bien implantée, voire enracinée. Pourtant, là où certains maires ont opté pour une politique de proximité, le RN recule. Patrice Couderc, secrétaire général adjoint CFDT santé-sociaux dans le Gard, veut rester optimiste.

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En 2002, lors des manifestations contre l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour des présidentielles, Patrice Couderc, alors secrétaire général de l'UD du Gard, était déjà rompu aux problématiques de l’extrême droite. Saint-Gilles, d’où vient le militant, fut l’une des premières villes prise par le RN. Une prémonition pour cet éducateur spécialisé, auprès d’adolescents en difficulté, qui constate au fil du temps, les dérives de l’extrême droite dans les quartiers défavorisés.

Noyautage des associations

Pour développer sa politique nationaliste, le RN n’a pas hésité à noyauter les associations. Il suffit qu’une municipalité bascule pour changer les délégations et les représentants dans le monde associatif. Pour le militant CFDT santé-sociaux, « le noyautage d’une mairie peut se faire très vite : ils intègrent les conseils d'administration, sont mandatés par la mairie pour la représenter. Quand une majorité est représentée par l’extrême droite, celle-ci intègre de nouveaux membres au sein des conseils d'administration. Il suffit d’opérer une modification statutaire d'association, convoquer une assemblée générale et refaire tous les mandats. »

Rester combatif

Les arrêts de subvention au niveau des mairies, associations de quartier ou de jeunes, entraînent des fermetures de structures. Une résistance s’organise alors : l'association change de statut ou d'organisation, de façon à ne plus dépendre du financement de la municipalité. Elle réapparaît en sortant du périmètre de la ville ou s'associe avec d'autres structures présentes sur les territoires pour devenir, par exemple, une association départementale. Le militant s’indigne : « L’extrême droite empêche tout ce qui permet de construire l’émancipation, la solidarité, pour arriver à un discours simpliste. »

À Beaucaire, ville RN, des associations deviennent intercommunales ou départementales avec une antenne locale. Ainsi, celles-ci ne risquent plus de se voir couper leurs subventions. « Une forme de défense se reconstruit, témoigne le SGA CFDT santé-sociaux, comme des antennes de liberté à la vie associative et sociale. »

« Un club de foot interdisait, par exemple, la mixité. L’extrême droite n'a pas tenu longtemps, observe le militant, car quand il y a des tentatives de discrimination, ça réveille le militantisme, l'engagement et le tissu associatif se restructure. Des initiatives citoyennes et solidaires s’opèrent dans les quartiers, en réaction aux groupuscules d’extrême droite, et de nouvelles associations se montent en parallèle. »

National et local

L’ancien éducateur spécialisé se désole de la progression de l’extrême droite dans sa région : « La moitié de la population va voter RN aux prochaines élections présidentielles. » Néanmoins, le département étant resté socialiste aux dernières élections départementales, il n’y a pas de coupe dans les champs sanitaire et médico-social. Mais, aux dernières élections législatives, les cinq députés qui ont été élus dans le sud sont issus du Rassemblement national.

Le Sud, terre d’accueil

Le Gard a toujours été est un territoire d'accueil. En tant qu'éducateur spécialisé, Patrice Couderc a travaillé auprès de mineurs non-accompagnés (MNA), venant d'Afrique par l'Espagne, l'Italie, et qui se retrouvent en Languedoc-Roussillon. 

Si le département est pris par l’extrême droite, les budgets alloués aux maisons d'enfants, résidences habitat jeunes, qui accueillent de jeunes migrants, vont fondre. « Le département accueille bien les MNA, mais une partie de la population n'en veut pas », explique le militant. Les Centres d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), qui accueillent ces populations seront en première ligne, tout comme le tissu associatif, le soutien scolaire dans les quartiers défavorisés.

« Ces structures de proximité au sein des quartiers, font la promotion de l'insertion, de l'égalité, de tout ce qui permet l'émancipation. Ces structures, déjà fragiles, l’extrême droite n’en veut pas. » Et les conséquences de telles politiques ne peuvent que former un terreau fertile à la délinquance.

Patrice Couderc fut un temps président d'un réseau de formation professionnelle et de sécurisation des parcours au niveau de l'Occitanie : « On prenait en charge la lutte contre l'illettrisme et l'analphabétisme dans le département de l'Hérault et du Gard. Tout le travail sur l'accueil des immigrés, la préparation à la vie professionnelle, passe par l'acquisition du langage. » Des enveloppes de l’État allouées aux départements permettent à des structures de préparer au diplôme d’études en langue française (DELF). Si le RN se retrouve dans les instances départementales, ces budgets-là vont être réduits.

Politique de proximité

Le secrétaire général adjoint CFDT reste combatif, ainsi que la population de son département. Il faut dire que l’implantation du RN dans le sud de la France ne date pas d’hier. Saint-Gilles, dirigée un temps par un maire d’extrême droite, « n’a plus de liste RN aux élections municipales qui vont se tenir prochainement ». Concrètement, dans la vie quotidienne des habitants, Patrice Couderc se réjouit qu’une partie de la population ne s’intéresse pas au vote RN lors des élections municipales : « Plus on est dans le réel et le concret, moins on laisse la place au vote d'extrême droite. Il ne faut pas désespérer. » 

Solidarité, émancipation, démocratie, indépendance, autonomie : ces valeurs portées par la CFDT risquent d’être mises à mal si la vague bleu marine se propage.

Emma_Bodiot

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