Syndicat CFDT AP-HP : « En ordre de marche pour les élections »

  • Nos structures sur le terrain

Le syndicat AP-HP CFDT santé-sociaux a pour objectif d'obtenir une bonne progression aux élections de décembre 2026. Pour ce faire, l’équipe opère un nouveau virage en matière de communication sur les réseaux sociaux, et continue l’approche humaine de terrain, qui est au cœur de ce syndicat. Entretien.

Les changements de mentalité, surtout chez les jeunes travailleur·euses, la dégradation des conditions de travail, ainsi qu'un fort turnover, remettent en question le rôle du syndicalisme. Une réflexion de fond sur les mutations du monde du travail est menée par le secrétaire général Jean-Marc Février et son équipe. Ils invitent à opter pour de nouveaux défis, surtout en matière de communication pour le syndicat CFDT santé-sociaux AP-HP.

Combien y a-t-il de salarié·es dans l’AP-HP, et d'adhérent·es CFDT ?

Jean-Marc Février. 70 000 personnels non médical (PNM), 100 000 en tout avec les médecins. Il y a environ 2 700 adhérent·es CFDT. En termes de représentativité, nous sommes 4e, soit 16%, la CGT étant à 32% environ.

Isabelle Hunaut. Ce sont 42 établissements répartis surtout en Île-de France, mais aussi en PACA, dans les Pyrénées-Atlantiques et dans le Nord. Nous sommes un syndicat Île-de-France national. Il y a beaucoup de mobilité sur les hôpitaux intramuros et périphérique de Paris, beaucoup moins dans les hôpitaux en régions. 

J.-M. F. Le syndicat AP-PH existe depuis la création de la CFDT en 1964. Quand la CFDT et la CFTC se sont séparées, l’AP-HP n’existait pas, c’était les Hôpitaux de Paris à l'époque, régis par le Conseil de Paris. C'est pour ça qu'il existe un lien entre la Mairie de Paris et l’AP-HP. Au début des années 1980, l'administration de l’AP-HP a été créée. 

La CFDT AP-HP n'étant pas majoritaire, quelles sont ses difficultés spécifiques ? 

J.-M. F. On a les mêmes problématiques que dans n'importe quel hôpital public. Cependant, la CGT maintient un bastion, grâce à sa présence historique dans les hôpitaux publics, et ce, bien avant nous ; aujourd'hui sur l'ensemble de l’AP-HP, la CFDT progresse. 

On fait également face à la difficulté du nombre d’organisations syndicales présentes : la part de gâteau, que les syndicats se partageaient à deux ou trois à l’époque, est plus petite aujourd’hui : neuf syndicats sont implantés à l’AP-HP. Même si certains d’entre eux sont peu représentatifs, ce sont des voies en moins pour nous. On continue nos efforts et on progresse en termes d'adhérent·es mais, soyons réalistes, on n’atteindra pas 10% d'adhésions à l’AP-HP. Si on obtenait entre 7 000 et 8 000 adhérent·es, ce serait déjà incroyable. Notre objectif est de proposer un syndicalisme différent. La continuité, le travail de proximité mené depuis plusieurs années nous permettra d’atteindre nos objectifs, mais pas en une mandature. On se donne rendez-vous dans dix ans, si on atteint les 5% qui sont un seuil atteignable, selon moi.

L'histoire veut aussi que la CGT garde une mainmise sur certaines organisations, comme notre CE, l’Agospap, qu’on partage avec la Mairie de Paris. Ce sont majoritairement des cégétistes qui y sont implantés. Pour exemple, on a deux mutuelles majoritaires dans nos hôpitaux : la Mutuelle complémentaire et la MNH. Là aussi, les permanences sont majoritairement cégétistes, c’est une influence dont nous ne disposons pas. À nous de faire en sorte de gagner du terrain : aujourd'hui, on est à 16%, et sur les cinq dernières élections, on a progressé de 0,5 à 1 point à chaque fois.

Mikaël Vanderhoeven. Sur les particularités, j’ajouterais qu’en Île-de-France, on habite souvent loin de son lieu d'exercice, en rapport au prix exorbitants des loyers. Cela génère plus de mobilité et ne nous aide pas à pérenniser nos relations avec les professionnel·les. Les têtes changent d'une semaine à l'autre dans les services. Le turnover y est pour beaucoup.

Il y a plus de stabilité en région parce qu'il y a moins de structures. En Île-de-France, tu peux changer d'hôpital comme tu changes de chemise, tellement il y en a sur un rayon de 50 km.

De gauche à droite, l'équipe du syndicat CFDT santé-sociaux AP-HP : Isabelle Hunaut, responsable formation ; Jean-Marc Février, secrétaire général et conseiller fédéral ; Miranda Mensah, responsable développement ; Nadine Corenthin, trésorière ; Mikaël Vanderhoeven, défenseur juridique public chargé du juridique et du statutaire ; Carole Cases, responsable communication ; Marie Weinachter : secrétaire administrative.
Flyers, tracts et livrets sont affichés dans les locaux du syndicat CFDT santé-sociaux AP-HP, qui siège à Paris.

Dans les hôpitaux publics en régions, y a-t-il plus d'adhésions CFDT qu'en région parisienne ?

 J.-M. F. Je ne pense pas qu'on ait un taux bien supérieur, excepté dans certains hôpitaux où la CFDT est première.

Et le Ségur, ça n'a pas fédéré ?

J.-M. F. Ces avancées salariales ne nous ont pas forcément été profitables au niveau des élections professionnelles, même si FO, il y a trois ans, a bénéficié d'une hausse. Est-ce dû au Ségur ? Je ne sais pas. Le Ségur, qui a vu le jour grâce à la CFDT et FO, était déjà bien installé lors des dernières élections de 2022. Beaucoup de salarié·es ont déjà oublié que, grâce à la CFDT, les 183 euros sont sur leur fiche de paie. 

Qu'est-ce qui pèche ?

J.-M. F. Rien en fait. On est sur le terrain, on est implantés dans quasiment tous les hôpitaux. En plus des permanents syndicaux, on déploie du temps dans les services et les sections.

M. V. Malgré tout, une certaine oreille a été portée aux paroles cégétistes, qui n'ont pas de limites dans la mauvaise foi : « À cause de la CFDT, nous n’avons que 183 euros. On aurait dû avoir entre 300 et 400 euros. » Dans notre syndicat, on a des lignes et on s'y tient, on dit les choses sans tordre la vérité. La CGT oublie qu'elle n'a pas signé les accords du Ségur.

Miranda Mensah. Les cégétistes ont une force de désinformation. À un moment donné, des rumeurs circulaient sur le fait que le Ségur était une sorte de prime : les agent·es nous disaient : « On l'a aujourd'hui, mais demain on n’en bénéficiera plus. » On se bat contre cette désinformation.

J.-M. F. Pour répondre plus précisément sur ce qui pèche, on analyse tout ça, on ne reste pas là, les bras croisés : on se remet en question sur la façon dont nous communiquons, et notamment sur la façon d’approcher les jeunes. On a d’ailleurs mis en place un nouveau service de communication.

Ne devriez-vous pas démentir les propos de la CGT ?

J.-M. F. Si on s'amuse à leur répondre à chaque fois qu'ils nous dénigrent, on va passer notre temps à ça. C’est contre-productif de se justifier. Stratégiquement, ce n’est pas une bonne chose. L'intérêt, c'est de dire ce qu'on fait concrètement. De plus, la CGT a des moyens humains et financiers que nous n’avons pas : ils sont à 34%, le double de nous, on n’a rien à y gagner.

M. V. Sur le terrain, quand un agent exprime ses doutes, on rectifie, même si ça prend du temps. Dans nos communications, type tract, ça ne sert à rien de contrer la CGT, ce serait ouvrir une guerre inutile.

Il y a beaucoup de turnover à l’AP-HP ?

M. V. Le statut de fonctionnaire ne fait plus du tout rêver. C'est la liberté qui prime, pouvoir partir demain si on en a envie.

J.-M. F. Pour autant, les agent·es d'entretien qualifiés (AEQ), comme les ASHQ y tiennent car ces métiers sont précaires. Ça les protège et leur permet de bénéficier d’un véritable statut. Mais au niveau des soins, les professionnel·les savent qu’en allant vers l’intérim par exemple, ils toucheront beaucoup plus. La sécurité de l'emploi, ils s’en fichent.

M. V. C’est une concurrence déloyale. Le métier de manipulateur radio en est l’exemple le plus criant : « Il traverse la rue », comme dit Macron, va dans le privé et double son salaire. Ce n’est pas une caricature, c'est une réalité. C'est un métier en tension qui rapporte beaucoup dans le privé. Les jeunes se forment à l’AP-HP, ils touchent à tout : scanner, IRM... Derrière, ils sont opérationnels sur tous les champs et vont exercer dans le privé.

J.-M. F. Au niveau du syndicalisme, le turnover est un réel problème de fidélisation des jeunes. C'est difficile de les convaincre puisqu’ils ne se projettent déjà pas sur les cinq ans à venir. 

I. H. Ils n’ont pas besoin d'un syndicat qui les défend puisqu’à la moindre frustration, ils vont travailler ailleurs. Le syndicat n'a plus cette place primordiale de phare au milieu de la tempête car les jeunes naviguent seuls.

M. M. Le rapport des jeunes au travail a beaucoup changé. Ils restent tant que ça les intéresse. La notion de se battre pour les autres n’existe plus. Ils n'ont pas envie de s'investir car ils ont vu leurs parents s’échiner dans des sociétés où l’employeur se débarrassait d’eux après des années passées dans la même structure. Ils préfèrent penser à eux, même si quelques-uns restent impliqués.

I. H. L’Île-de-France a cette particularité d’être un lieu de migration. Il y a 450 places à l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) à la Pitié-Salpêtrière. Les jeunes viennent faire leurs études parce qu'il n’y a pas de place dans leur région, puis ils retournent chez eux.

L'équipe communication a publié un calendrier 2026 où figurent les jours de paie, la date des prochaines élections et les vacances.

Quel est votre plan de communication pour les prochaines élections ?

J.-M. F. Le 10 décembre 2026, c’est la date officielle des élections, mais il y a de grandes chances qu'elles aient lieu du lundi 7 au jeudi 10 décembre 2026.

C. C. On s'est mis autour de la table pour établir un diagnostic. On a pointé ce qui n'allait pas : notre fonctionnement, notre approche par rapport aux sections syndicales et notre communication en interne et en externe. Nous ne communiquons plus via l’AP-HP dont nous dépendions. On a investi dans un serveur, un NAS. Avant, notre stratégie de com était basée sur la transmission d’informations. Maintenant, ce sont les sections qui viennent les chercher, un peu comme à la Fédération.

De ce fait, vous devenez plus indépendants...

J.-M. F. Non seulement on devient plus indépendants de l’AP-HP, mais on pense différemment notre communication. On a aussi une nouvelle approche des réseaux sociaux. La communication via les tracts, c'est idéal pour transmettre des informations ponctuelles à l'entrée d’un l'hôpital. Si on veut toucher l'ensemble des agent·es, surtout les jeunes, il faut expliquer le syndicalisme via les réseaux sociaux.

C. C. On se doit de donner accès à plus d'informations, dans les espaces où se trouvent les gens : entre 5h et 6h le matin ; et vers 19h le soir, quand ils sont sur leur téléphone dans les transports. J'ai ouvert des espaces sur Facebook, Instagram, TikTok, et on a également une chaîne Youtube, qui présente nos sections, comme celle de l'hôpital Robert Debré.

On se déplace dans les sections lors d'un événement, on passe dans les services : les militant·es m’envoient des photos, des vidéos... Notre chaîne Youtube CFDT AP-HP est notamment réservée aux élections professionnelles de 2026. On va réaliser des films où chaque section pourra s’exprimer : militants, adhérents, jeunes... 

J.-M. F. L’intérêt, c’est de laisser parler les militant·es, avec leurs erreurs de langage, le but étant que ça reste brut, amateur. Au moment des élections professionnelles, cela nous permettra de faire connaître les sections.

Le Syndicomètre permet aux militant·es CFDT santé-sociaux de l'AP-HP de développer différentes thématiques avec les agent·es.

Pourquoi YouTube en particulier ?

C. C. L’intérêt de YouTube, c’est qu’on peut y accéder de tous les postes AP-HP. Nous avons une quarantaine de sections, une par hôpital, et chacune d’entre elles pourra développer un propos. Le lien YouTube sera transmis à une liste d’environ 75 000 personnes de l’AP-HP. 

I. H. Ça fonctionne parce que c'est la vraie vie : ce n’est pas préparé, on ne leur demande pas de préparer un discours syndicaliste, ils parlent d'eux et ça touche tout le monde. Les militant·es racontent comment elles·ils sont arrivées à la CFDT, à la suite de problèmes concrets.

C. C. Les gens lisent rarement les professions de foi, alors quand le militant t’explique que de meilleures conditions de travail de nuit ont été obtenues grâce à la CFDT, ça a du sens pour les salarié·es.

Pour Octobre Rose, par exemple, sur YouTube on a fait passer à nos 75 000 adresses mail le message suivant : « Si vous travaillez de nuit et que vous avez eu un cancer du sein, n'hésitez pas à nous contacter. » On a reçu beaucoup de réponses de femmes qui ont eu le cancer du sein. Les gens ne comprennent pas toujours au début qu'il faut adhérer, mais notre communication est concrète. C'est la première fois qu’on a de si bons retours.

M. V. Il faut bien sûr utiliser les réseaux sociaux, mais le lien humain reste irremplaçable. On travaille avec des professionnel·les qui sont imprégné·es de relation humaine. Les tournées de service, c’est une aide à l’adhésion, ainsi que le bouche-à-oreille : « La section CFDT m'a bien accompagné, va les voir si tu as un problème. » Ça aussi c'est important.

On a mis en place des adhérents-relais qui effectuent un travail de terrain en amont et les renvoient vers notre section. Les réseaux sociaux restant impersonnels, on doit faire les deux en parallèle. Nous, organisation syndicale, devons prendre le temps d'écouter, conseiller, montrer l'utilité de ce sens du collectif.

M. M. On fournit des t-shirts CFDT pour qu’on nous reconnaisse quand on se trouve dans les services. Il y a également des panneaux d'affichage... On a mis en place le Grand boost en organisant un challenge pour motiver les militant·es à aller à la rencontre des agent·es. Dans les locaux syndicaux, nous créons de la visibilité et de la convivialité, pour que les travailleurs viennent frapper à notre porte.  

C. C. Le 14 novembre, nous avons organisé un after-work pour des jeunes de moins de 35 ans afin de leur expliquer notre rôle concret dans leur quotidien, étant donné qu'ils ne sont plus dans le syndicalisme pratiqué par leurs grands-parents. Il faut transformer l'image du syndicalisme dans la tête des jeunes. 

M. V. Sur ma partie relative au juridique, nous organisons depuis six mois des ateliers juridiques auprès des secrétaires de section, pour les faire monter en compétence. On se concentre sur les sujets récurrents. Ainsi, ils gagnent en confiance face à un interlocuteur. Progressivement, on réalise des diaporamas. Je mets les versions à jour, qui seront bientôt disponibles dans le NAS. Ça permet aux militant·es d’aller piocher des informations. 

On compte également sur l'effet boule de neige, qui prend du temps. Mis bout à bout, tout ce travail qu’on réalise, permet de redonner du sens à ce travail collectif.

M. M. On a fait appel aussi à l'ARC. On va accompagner quatre sections pour leur donner les billes afin de mieux structurer et prendre en charge leur section.

J.-M. F. Concernant notre plan d'action, on se met en ordre de marche pour les élections. On va répondre en deux temps : d'abord, on crée des outils de communication et de développement.

On a créé un pur produit CFDT AP-HP, dont on a déposé les droits, le Syndicomètre, inspiré du Violentomètre de la Fédération. Cet objet nous permet de développer différentes thématiques, d'outiller nos militant·es quand ils se déplacent dans les services pour les aider à créer du lien, lancer une thématique avec les agent·es.

On a aussi créé un calendrier 2026, avec les dates des jours de paie, des élections et des vacances scolaires. On réfléchit à d'autres outils spécifiques à la campagne.

C. C. On a eu l'idée de créer des capsules « théâtre ». On a fait appel à un professionnel faisant partie d’une troupe, en vue de nous aider à écrire de courts scénarios sur des thématiques concrètes qui nous remontent des services : l’encadrement, la place de la femme, les plannings, les congés, les 12 heures, le travail de nuit, les discriminations, les droits. L’objectif est de les traduire de façon humoristique, pour changer notre image : une militante va raconter une anecdote de façon rigolote mais structurée, ou encore une mise en scène sur une thématique sérieuse. On va en produire plusieurs d’ici les prochaines élections.

J.-M. F. L’idée de ces saynètes humoristiques est d’expliquer notre cahier revendicatif, qu'on diffusera par la suite. On le structure pour le mettre en application début 2026 et le diffuser avant le dernier semestre 2026.

Quant à notre bureau, organe décisionnel, on l’a beaucoup plus impliqué dans les prises de décision, grâce à des groupes de travail : qu'est-ce qu'on va faire de la campagne ? quelles sont nos cibles, gros ou petits établissements ? là où on a eu des bons résultats, là où on n'en a pas eu, et dans quels métiers ? Notre bureau s'est impliqué dans ce travail d’analyse et de recherche, ce qui va nous permettre d'établir une véritable campagne ciblée et de proximité.

C. C. Nous allons également élaborer des livrets pour la campagne des élections, et des livrets d'accueil présentant succinctement les militant·es directement impliqué·es dans notre section CFDT. Bref, on ne manque pas d'idées...

Propos recueillis par Emmanuelle Bodiot

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